Un appel téléphonique est prévu cet après-midi à 15 heures entre le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, et son homologue britannique, Andy Burnham, pour faire le point sur la restitution de l’archipel des Chagos, rapporte Le Mauricien. L’enjeu financier et stratégique est considérable. La conversation tombe à la veille de la 81ème Assemblée générale des Nations unies, un calendrier qui lui confère un poids particulier pour un dossier aux implications territoriales et économiques majeures.
Le cœur de l’échange porte sur la mise en œuvre du traité signé le 22 mai 2025 par les deux chefs de gouvernement. Comme le rappelle Défimédia, ce texte consacre la reconnaissance par Londres de la souveraineté mauricienne sur l’ensemble de l’archipel, Diego Garcia compris. Il prévoit aussi le maintien des arrangements permettant la poursuite des activités de la base militaire de Diego Garcia, un actif stratégique de première importance dans l’océan Indien et un élément déterminant pour la viabilité de l’accord et les intérêts des parties concernées.
Sur le terrain, l’incertitude judiciaire pèse sur l’application concrète du traité. Quatre Chagossiens occupent depuis huit mois l’atoll de Peros-Banhos, l’une des îles de l’archipel. Les premiers avis d’expulsion émis à leur encontre ont été invalidés par le tribunal du British Indian Ocean Territory (BIOT). Depuis le 21 juillet 2026, la Cour d’appel de la BIOT est chargée de se prononcer sur le fond du dossier, une décision mise en délibéré. L’issue de cette procédure constitue un facteur de risque pour la restitution effective.
La discussion est très attendue par les Chagossiens, mais selon des lignes de fracture distinctes. Certains soutiennent la démarche mauricienne, tandis que d’autres défendent la voie tracée par les British Indian Ocean Territory Citizens, mouvement dirigé par Misley Mandarin. Ces derniers, installés depuis le mois de février 2026 sur l’atoll de Peros-Banhos, mesurent la fragilité de leur position. “La lutte sera longue pour que les British Indian Ocean Territory Citizens remportent la victoire”, a déclaré Misley Mandarin à Radio one.mu.
Parallèlement, la démarche de l’île Maurice devant les Nations unies semble prévaloir. La reconnaissance de l’institution internationale sert de base aux discussions entre Port-Louis et Londres, offrant un cadre juridique et diplomatique à la négociation bilatérale.
Le dossier a en outre pris une dimension économique et géopolitique plus large. À New York, lors d’une discussion entre le président des États-Unis, Donald Trump, et Andy Burnham, le sujet des Chagos s’est invité aux échanges. Interrogé en sortant de cet entretien, le dirigeant américain a déclaré “I don’t support it” (Je ne soutiens pas cela), avant de qualifier l’accord de “terrible”. Cette position de Washington ajoute une contrainte supplémentaire à un processus déjà complexe, alors que la base de Diego Garcia demeure un actif de premier plan pour les intérêts américains dans la région.
Reste à savoir ce que cet appel de cet après-midi produira concrètement, à quelques heures d’une Assemblée générale des Nations unies où le dossier des Chagos continuera de peser sur les relations entre Maurice et la Grande-Bretagne.