Maurice : les violences coûtent des millions, couvre-feu prolongé
Politique & Gouvernance

Maurice : les violences coûtent des millions, couvre-feu prolongé

Dégâts chiffrés en millions d'euros et couvre-feu prolongé pesant sur l'activité

Maurice: des dégâts chiffrés en millions d’euros et un couvre-feu prolongé jusqu’à lundi

Huit postes de police détruits ou endommagés, 31 véhicules des forces de l’ordre hors service, plus d’une centaine de caméras de vidéosurveillance mis à mal et environ 17 000 tonnes de canne à sucre parties en fumée. Le bilan économique des violences qui ont secoué Maurice en début de semaine commence à être chiffré, et il est lourd. Les autorités évaluent les dégâts à plusieurs millions d’euros, un coût direct qui vient s’ajouter au prix, tout aussi réel, du couvre-feu maintenu jusqu’à lundi matin sur l’ensemble du territoire.

C’est ce dispositif, instauré après deux nuits d’émeutes les 13 et 14 octobre dans plusieurs quartiers du pays, que le gouvernement a décidé de prolonger. La justification tient en peu de mots: les services de renseignement n’excluent pas de nouveaux risques de débordements. Pour les opérateurs économiques et les commerçants, chaque jour supplémentaire de restrictions pèse sur l’activité, alors que le pays doit déjà absorber les destructions matérielles.

Le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui s’est exprimé sur la crise, a orienté le débat vers une piste criminelle. Selon lui, les enquêtes policières s’orientent vers des jeunes influencés et financés par des trafiquants de drogue, ce qui établirait un lien entre les violences et les réseaux criminels organisés. Ces derniers mois, les autorités avaient annoncé d’importantes saisies de stupéfiants et plusieurs arrestations de trafiquants. Toutefois, les éléments précis permettant d’étayer cette piste dans le cadre des émeutes n’ont pas été davantage détaillés.

Derrière cette lecture sécuritaire se profilent aussi des tensions à forte dimension économique. Les troubles ont éclaté sur fond de mécontentement lié à l’inflation et aux pénuries d’eau dues à la sécheresse, deux facteurs qui pèsent directement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les conditions d’exploitation des entreprises. La vie chère et les difficultés d’accès à l’eau figurent parmi les griefs régulièrement évoqués depuis le début de la crise.

Un épisode est venu exacerber cette colère. La semaine dernière, une femme de 27 ans a été grièvement blessée par un tir policier à un barrage, alors qu’elle rentrait du travail. Cet incident a ajouté à la tension générale et contribué au climat dans lequel les violences ont pu se développer.

Sur le plan répressif, le bilan officiel fait état de 151 arrestations, dont 16 concernant des mineurs, et de sept policiers blessés. Ces chiffres donnent la mesure de l’ampleur des désordres et de la mobilisation des forces de l’ordre, mises à rude épreuve durant les deux nuits d’affrontements.

Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais double: rétablir la sécurité pour permettre la reprise normale de l’activité, et contenir un coût économique déjà estimé en millions d’euros. La prolongation du couvre-feu jusqu’à lundi matin traduit une évaluation prudente du risque, fondée sur les informations en possession des services de renseignement. Les milieux économiques, en première ligne face aux destructions et aux perturbations, attendent désormais un retour rapide à la normale.

La situation reste suivie de près par la presse internationale, notamment à travers ce reportage de RFI, accessible ici: https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261017-maurice-le-gouvernement-prolonge-le-couvre-feu-par-crainte-de-nouvelles-violences

Reste à savoir si la piste du financement par les réseaux de trafiquants de drogue sera confirmée par les enquêtes en cours, et à quel prix total, financier comme social, l’île sortira de cette séquence de violences.

Questions-réponses

Quel est le bilan matériel des violences à Maurice?

Huit postes de police détruits ou endommagés, 31 véhicules des forces de l'ordre hors service, plus d'une centaine de caméras de vidéosurveillance mises à mal et environ 17 000 tonnes de canne à sucre brûlées, pour un coût évalué à plusieurs millions d'euros.

Pourquoi le couvre-feu a-t-il été prolongé?

Le gouvernement a prolongé le couvre-feu jusqu'à lundi matin car les services de renseignement n'excluent pas de nouveaux risques de débordements, traduisant une évaluation prudente du risque.

Quelle piste le Premier ministre Navin Ramgoolam évoque-t-il?

Il indique que les enquêtes policières s'orientent vers des jeunes influencés et financés par des trafiquants de drogue, établissant un lien possible avec des réseaux criminels organisés, sans que des éléments précis aient été détaillés.

Quels facteurs économiques alimentent les tensions?

Le mécontentement lié à l'inflation et aux pénuries d'eau dues à la sécheresse, qui pèsent sur le pouvoir d'achat des ménages et sur les conditions d'exploitation des entreprises; la vie chère et l'accès à l'eau figurent parmi les griefs évoqués.