La CWA perd 60% de son eau : la gouvernance en question
Politique & Gouvernance

La CWA perd 60% de son eau : la gouvernance en question

Un rapport annuel révèle l'ampleur des fuites et les défis de la réforme institutionnelle

Le rapport annuel de la Central Water Authority (CWA) met en lumière un déficit de performance qui interpelle directement la gouvernance de l’institution : sur les 332 millions de m3 d’eau produits en 2025, seuls 132 millions de m3 ont été consommés. Les 200 millions de m3 restants, soit 60% de la production, l’équivalent de deux années de consommation nationale, se sont perdus. Interrogé sur ce constat, Patrick Assirvaden, ministre des Utilités publiques, a défendu l’action de son ministère et détaillé les mesures engagées depuis son arrivée au pouvoir.

Le ministre reconnaît qu’un programme de remplacement des canalisations abîmées, qui concernent 1500 kilomètres, demandera probablement plus de dix ans et un investissement estimé entre Rs 35 et 40 milliards. Il relève que le précédent Pipe Replacement Program, mené par le gouvernement d’alors pour Rs 700 millions, n’a laissé aucun indicateur permettant de mesurer son effet sur la réduction des pertes. Un nouveau programme de remplacement, doté de près de Rs 3 milliards, démarrera en décembre. Il nécessite, selon lui, une préparation rigoureuse : détermination des priorités, appels d’offres et mobilisation des fonds, avec pour objectif de faire passer les pertes de 60% à 50%.

Sur le terrain institutionnel, le ministre met en avant la réhabilitation du Non Revenue Water Department, une unité qui avait été supprimée des structures de la CWA et qui s’occupait non seulement des pertes, mais aussi des vols et des compteurs défectueux ou trafiqués. Une équipe de consultants singapouriens arrivera bientôt pour localiser, à l’aide de sondes, les fuites dans un circuit de distribution en grande partie souterrain. La CWA a également prévu de reprendre les eaux usées que le CEB utilise dans son système hydraulique à Tamarin et Magenta.

La santé financière de la CWA, que son rapport attribue à l’absence de révision tarifaire depuis des années, soulève la question de l’équité envers les usagers. Le ministre assume une position conditionnelle : toute augmentation du secteur domestique ne viendra qu’une fois un service de qualité offert à la population. En attendant, les tarifs ont été relevés pour les grosses entreprises et les smart cities, jugées capables de payer. Il admet en revanche que la CWA a constitué, selon ses mots, une banqueroute nationale pendant au moins les dix dernières années, et que la promesse du 24/7 vendue en 2014 s’est réduite à du 0/7.

La situation de la ressource elle-même impose des contraintes immédiates. Mare-aux-Vacoas, qui fournissait 110 000 m3 par jour, n’en délivre plus que 51 000, obligeant à un rationnement d’un jour sur deux dans les régions desservies. Un plan d’urgence, approuvé par le Conseil des ministres, prévoit notamment la distribution de tanks via la DBM, dont les critères d’éligibilité ont été assouplis et qui élargira sa liste de fournisseurs. Des milliers d’inscriptions ont déjà été reçues. Le ministre refuse en revanche de confisquer les boreholes du secteur privé, rappelant que c’est la CWA qui délivre les permis d’exploitation et que l’eau privée sera mobilisée, en cas de besoin, en collaboration avec les propriétaires, comme cela a déjà été fait avec Medine, Tribeca et Côte d’Or.

Sur le long terme, le plan Marshall intègre le dessalement, la construction de mini-barrages, approuvée par le gouvernement, et le dam de Rivière-des-Anguilles, dont le contrat attend l’attribution par le Central Procurement Board. Le ministre reconnaît que certaines institutions fonctionnent trop lentement, tout en estimant devoir respecter les procédures établies. Une analyse plus détaillée de cet entretien est disponible sur https://www.lemauricien.com/week-end/patrick-assirvaden-ministre-des-utilites-publiques-le-mauricien-doit-apprendre-a-gerer-efficacement-sa-consommation-deau-et-delectricite/721004/.

Côté électricité, le ministre décrit un parc de machines vieilles de plus de 30 ans, impossible à remplacer du jour au lendemain. La stratégie énergétique du gouvernement prévoit une transition à long terme vers le LNG pour remplacer l’huile lourde, le remplacement du charbon des IPP par des copeaux de bois produits en Afrique du Sud, une station photovoltaïque à Tamarin Falls opérationnelle dans un an environ avec le soutien de l’Inde, la relance du parc éolien de Plaines des Roches et l’acquisition de batteries pour les heures de pointe. Une campagne nationale d’efficience énergétique a permis d’économiser environ 30 mégawatts lors de la pointe de l’année dernière. Par ailleurs, un scheme du dernier budget offre Rs 75 000 de l’État, complétés par un prêt de la BDM, pour installer des panneaux photovoltaïques chez les particuliers, avec l’objectif de passer de 12 000 à 27 000 ou 30 000 foyers équipés en trois ans.

Interrogé sur les critiques visant le DG de la CWA, qui avait accusé un député de hidden agenda, le ministre se refuse à juger ses opinions politiques, mais se réserve le droit de prendre des décisions appropriées si sa performance professionnelle ne le satisfait plus. Sur les tarifs, il exclut toute nouvelle hausse pour le moment, la priorité étant, selon lui, la gestion de l’eau plutôt que son prix. Il assume enfin son impopularité : il n’a pas accepté d’être ministre pour être populaire, et le gouvernement de l’Alliance du Changement savait qu’il le serait avec la réforme des pensions. Reste à savoir si les engagements pris tiendront face à l’ampleur des pertes et aux délais annoncés.

Questions-réponses

Quelle est l'ampleur des pertes d'eau de la CWA selon son rapport annuel ?

Sur les 332 millions de m3 d'eau produits en 2025, seuls 132 millions de m3 ont été consommés. Les 200 millions de m3 restants, soit 60% de la production, l'équivalent de deux années de consommation nationale, se sont perdus.

Que prévoit le nouveau programme de remplacement des canalisations ?

Doté de près de Rs 3 milliards, il démarrera en décembre et nécessite une préparation rigoureuse : détermination des priorités, appels d'offres et mobilisation des fonds, avec pour objectif de faire passer les pertes de 60% à 50%. Le remplacement des 1500 kilomètres de canalisations abîmées demandera probablement plus de dix ans et un investissement estimé entre Rs 35 et 40 milliards.

Quelles mesures d'urgence ont été approuvées face à la baisse de la ressource ?

Mare-aux-Vacoas, qui fournissait 110 000 m3 par jour, n'en délivre plus que 51 000, obligeant à un rationnement d'un jour sur deux dans les régions desservies. Un plan d'urgence approuvé par le Conseil des ministres prévoit notamment la distribution de tanks via la DBM, dont les critères d'éligibilité ont été assouplis et qui élargira sa liste de fournisseurs.

Quelle est la position du ministre sur les tarifs et la performance du DG de la CWA ?

Il exclut toute nouvelle hausse de tarifs pour le moment, la priorité étant la gestion de l'eau plutôt que son prix, toute augmentation du secteur domestique ne venant qu'une fois un service de qualité offert. Sur le DG de la CWA, qui avait accusé un député de hidden agenda, il se refuse à juger ses opinions politiques mais se réserve le droit de prendre des décisions appropriées si sa performance professionnelle ne le satisfait plus.