Renault prévoit de mettre plus de 10 milliards d’euros sur la table en France d’ici cinq ans. L’enveloppe doit servir principalement à accélérer le déploiement de la gamme électrique. Mais cette trajectoire d’investissement, annoncée par François Provost, directeur général du groupe, reste suspendue à une condition extérieure : « que le contexte politique et social français le permette », a-t-il déclaré sur France Inter.
L’effort s’inscrit dans la continuité d’un chantier industriel déjà engagé. Sur les cinq dernières années, Renault indique avoir investi 13 milliards d’euros dans l’Hexagone, notamment pour adapter ses usines au passage à l’électrique. L’outil de production a été transformé en profondeur. Le groupe veut maintenant remettre une pièce dans la machine pour poursuivre le développement des voitures électriques et, surtout, les rendre plus accessibles.
Sur le terrain, la production française reste au cœur du dispositif. La France représente environ 20 % de l’activité du constructeur et 40 % de ses salariés. Renault affirme avoir produit 500 000 voitures dans l’Hexagone en 2025 et anticipe une hausse d’au moins 25 % en 2026, portée notamment par la montée en puissance de l’électrique sur le sol national. Les Renault 4 et Renault 5, ainsi que les autres modèles électriques assemblés dans le nord de la France, alimentent cette dynamique. Le groupe a par ailleurs franchi cet été un cap symbolique : un million de véhicules électriques produits en France depuis 2010.
Côté produit, l’objectif affiché est clair. François Provost veut qu’en 2030 une voiture électrique coûte le prix d’une hybride actuelle, un enjeu qu’il présente comme majeur pour une démocratisation totale. La descente en gamme a déjà commencé. La nouvelle Twingo électrique est affichée à partir de 19 490 €, un tarif qui tombe à 12 420 € une fois les aides déduites. Ce modèle illustre la direction prise par le constructeur : des batteries plus petites, des voitures plus légères et une maîtrise des coûts destinée à réduire l’écart avec les motorisations thermiques et hybrides.
Cette stratégie ne signe pas pour autant la fin de l’hybride. Avec son plan futuREady, Renault vise en Europe un mix composé à 50 % de voitures électriques et 50 % d’hybrides en 2030. Le groupe prévoit parallèlement 22 nouveaux modèles en Europe d’ici cette échéance, dont 16 électriques. Autant de projets qui devront franchir les étapes industrielles prévues pour que les objectifs de volume et de prix soient tenus.
Reste la variable que le constructeur ne contrôle pas : l’environnement politique et social français. Pour François Provost, c’est la condition à remplir pour que les 10 milliards d’euros annoncés se traduisent effectivement en capacités de production, en modèles et en emplois sur le territoire. Le groupe a déjà démontré sa capacité à transformer son appareil industriel. La question posée désormais est celle de la stabilité du cadre dans lequel cet effort d’exécution pourra se poursuivre.