1,7 million d'élèves en moins : le défi budgétaire de l'école
Politique & Gouvernance

1,7 million d'élèves en moins : le défi budgétaire de l'école

Un technicien de l'Éducation nationale rattrapé par la politique et la démographie

Le ministère de l’Éducation nationale projette jusqu’à 1,7 million d’élèves en moins d’ici à 2035. Une donnée structurelle, selon Édouard Geffray, qui depuis un an n’a cessé d’alerter sur ce déclin démographique et appelle à penser l’école sur deux décennies. Pourtant, au moment du premier anniversaire de sa nomination rue de Grenelle, une tout autre échéance s’impose à lui : la première crise politique d’envergure de son passage au gouvernement, déclenchée par la mobilisation lycéenne, qui révèle les limites d’un profil de technicien confronté à l’exigence du rapport de force.

L’embrasement du mouvement lycéen, dont la gestion par le gouvernement fait débat, a placé sous les projecteurs ce ministre resté jusqu’ici très discret au sein de l’équipe Lecornu. Selon un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron, le président lui reprocherait d’avoir sous-estimé la contestation, de ne pas avoir “senti le truc venir” et d’avoir tardé à se rendre sur le terrain. “Il ne faut pas des réponses de directeur d’administration, il faut des réponses de politique”, grince de son côté un membre du gouvernement.

Le principal syndicat des collèges et des lycées, le Snes-FSU, résume le paradoxe. “Il a les défauts de ses qualités. C’est quelqu’un qui connaît bien les dossiers, qui connaît bien l’Éducation nationale, mais en ce moment ça lui coûte certainement une capacité à apporter une réponse politique”, estime auprès de l’AFP Sophie Vénétitay, sa secrétaire générale. Le ministre, qui a reçu plusieurs fois les représentants des lycéens, a rétorqué vendredi lors d’un déplacement dans le Val-de-Marne : “Certains me reprochent d’être technique, mais technique, ça veut dire aussi qu’on dit la vérité des prix et qu’on arrête de mentir aux gens.”

Même ses adversaires politiques livrent un bilan nuancé. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, qui a ferraillé avec lui lors d’un débat consacré à la mobilisation lycéenne, affirme à l’AFP l’avoir trouvé “plus fort politiquement que ce que l’on disait”, mais “moins bon techniquement que ce que tout le monde prétendait”.

Nommé le 12 octobre 2025 après le départ d’Élisabeth Borne, ce haut fonctionnaire de 48 ans connaît la rue de Grenelle comme peu de ses prédécesseurs, un ministère qui a pourtant vu se succéder sept locataires depuis 2022. Diplômé de Sciences Po et ancien élève de l’ENA, Édouard Geffray a été secrétaire général de la Cnil, puis brièvement directeur de cabinet de François Bayrou à la Justice, avant de rejoindre l’Éducation nationale comme directeur des ressources humaines, puis directeur général de l’enseignement scolaire de 2019 à 2024. À ce poste de numéro deux du ministère, il a piloté de l’intérieur la gestion de la crise sanitaire du Covid, la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat sous Jean-Michel Blanquer et supervisé la série de réformes engagées sous Gabriel Attal.

Plusieurs de ses interlocuteurs soulignent sa loyauté envers les ministres qu’il a servis, traversant les changements de cap successifs de la rue de Grenelle et appliquant des orientations parfois opposées à celles qu’il avait lui-même contribué à mettre en œuvre. “Il y a un côté serviteur de l’État”, résume Sophie Vénétitay. Une image que l’intéressé revendique volontiers. “Je ne fais jamais le procès de mes prédécesseurs”, assurait-il à l’AFP début septembre, estimant qu’ils avaient “pris les décisions qu’ils jugeaient justes à leur époque”.

Devenu ministre à son tour, il n’a pas dérogé à cette règle en abandonnant plusieurs mesures emblématiques de Gabriel Attal, comme les groupes de besoins au collège ou l’expérimentation de l’uniforme scolaire. Répétant qu’il n’y aurait pas de “réforme Geffray”, il a privilégié les ajustements aux bouleversements d’ampleur. “Mon objectif, c’est de structurer les bases pour que mes successeurs puissent travailler sur le long terme”, assure celui qui rappelle que “l’école se pense à vingt ans”.

Les mauvais résultats des élèves français à l’enquête Pisa 2025 ont conforté l’une de ses convictions : le collège constitue le principal point de fragilité du système éducatif. “C’est préoccupant mais ce n’est, hélas, pas une surprise”, estimait-il alors, évoquant un “effritement du niveau” observé depuis plusieurs années et appelant à faire du collège le “grand chantier” des prochaines années. Parmi les autres marqueurs de sa première année figurent l’interdiction du téléphone portable au lycée, le durcissement des critères d’évaluation de l’orthographe aux examens, ainsi qu’un décret controversé renforçant les sanctions contre les élèves dont les parents menacent ou agressent des personnels de l’Éducation nationale.

Le portrait que dresse Orange Actualités de ce parcours, disponible à l’adresse https://actu.orange.fr/france/edouard-geffray-le-technicien-de-l-education-nationale-rattrape-par-la-politique-CNT000002syJhV.html, illustre le dilemme d’un gestionnaire convaincu que la vérité des chiffres doit primer, désormais confronté à une échéance où la réponse attendue n’est plus administrative mais politique. Reste à savoir si la baisse projetée des effectifs, avec ses conséquences budgétaires à long terme, offrira à ce technicien l’occasion de redessiner durablement la carte du système scolaire français.

Questions-réponses

Quelle baisse d'effectifs le ministère projette-t-il ?

Jusqu'à 1,7 million d'élèves en moins d'ici à 2035, une donnée structurelle aux conséquences budgétaires à long terme.

Quelle crise a marqué la première année d'Édouard Geffray ?

La mobilisation lycéenne, première crise politique d'envergure de son passage au gouvernement, dont la gestion fait débat et lui vaut des reproches, notamment d'avoir sous-estimé la contestation.

Quel était le parcours d'Édouard Geffray avant sa nomination ?

Haut fonctionnaire de 48 ans, diplômé de Sciences Po et ancien élève de l'ENA, il a été secrétaire général de la Cnil, directeur de cabinet de François Bayrou à la Justice, directeur des ressources humaines puis directeur général de l'enseignement scolaire de 2019 à 2024.

Quels sont les principaux marqueurs de sa première année au ministère ?

L'interdiction du téléphone portable au lycée, le durcissement des critères d'évaluation de l'orthographe aux examens, un décret controversé sur les sanctions contre les élèves dont les parents agressent des personnels, et l'abandon de mesures de Gabriel Attal comme les groupes de besoins au collège et l'uniforme scolaire.

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