Alliance saisit la justice contre l'État sur le commandement policier
Le syndicat dénonce des consignes contradictoires et exige l'établissement des responsabilités
Le syndicat de police Alliance a annoncé, mercredi, le dépôt d’une plainte contre l’État pour mise en danger de la vie d’autrui, dans le sillage du mouvement de contestation lycéen. L’organisation, composée majoritairement de gardiens de la paix et de policiers adjoints (agents contractuels), dénonce des «injonctions contradictoires» faites aux forces de l’ordre et réclame que «la chaîne de commandement» soit mise à plat. Le premier ministre Sébastien Lecornu, lui, a évoqué un bilan de «937 policiers et gendarmes» blessés depuis le début du mouvement.
Le dépôt de la plainte «pour mise en danger d’autrui» est «en cours», précise-t-on à l’AFP. Dans un communiqué transmis à l’agence, le syndicat fustige «les consignes floues, les injonctions contradictoires et les discours de façade», qu’il oppose à «l’empathie envers les émeutiers et la pédagogie affichées par le chef de l’État». «Sur le terrain, la réalité est tout autre : des policiers esseulés, trahis, abandonnés, exposés à la violence et livrés à la vindicte», ajoute Alliance.
La question de la responsabilité au sommet de l’État est au cœur de la démarche. «Entre les déclarations publiques de Laurent Nuñez», le ministre de l’Intérieur, «et les consignes verbales transmises par la hiérarchie, la dissonance est devenue insupportable !», déplore le syndicat, qui interpelle directement le membre du gouvernement : «Monsieur le ministre, votre administration vous ment-elle ? Ou les policiers sont-ils délibérément sacrifiés sur l’autel de la communication politique». Alliance exige que «les auteurs des consignes litigieuses» soient identifiés et que «les responsabilités à tous les niveaux de l’État» soient établies. «Qui donne les ordres ? Qui transmet les consignes ? Qui assume les contradictions ? Et surtout, qui assumera les conséquences lorsqu’un drame surviendra dans nos rangs ?», demande-t-il, prévenant que «les policiers ne seront ni les boucliers d’une communication politique, ni les fusibles d’une administration qui refuse d’assumer ses décisions».
C’est lors des questions au gouvernement au Sénat, mercredi, que Sébastien Lecornu a indiqué que «937 policiers et gendarmes» avaient été blessés dans le cadre du mouvement lycéen, «dont 40 sur la seule journée» de mardi. Aucune précision n’a été fournie sur la gravité ni sur les circonstances de ces blessures.
Entre-temps, un épisode sensible a éclairé les tensions au sein de la chaîne de commandement du maintien de l’ordre. «Lors d’une audition publique sur le maintien de l’ordre au Parlement» mardi, Laurent Nuñez «a été informé par un parlementaire d’Indre-et-Loire de la suspension de l’utilisation du LBD (lanceur de balles de défense) par un préfet sur son territoire», a indiqué à l’AFP l’entourage du ministre. M. Nuñez «a immédiatement réagi en précisant qu’il n’y avait aucune instruction donnée en ce sens», a-t-on précisé de même source. «À la connaissance du ministre, il n’y a que ce cas-là : un rappel à l’ordre a été réalisé», a-t-on fait savoir, assurant que «les instructions du ministre, diffusées dans trois télégrammes, ont été à nouveau rappelées à plusieurs reprises depuis par les hiérarchies».
La gestion du mouvement de contestation des lycéens, qui a débuté mi-septembre, fait l’objet de critiques croissantes sur le plan de l’encadrement et du contrôle des forces de l’ordre. Trente-six enquêtes ont été confiées à l’Inspection générale de la police (IGPN) pour des interventions policières au cours desquelles des jeunes ont été blessés, parfois gravement. La plainte d’Alliance contre l’État posera-t-elle, devant la justice, la question que le syndicat adresse à la hiérarchie : qui assumera les conséquences des consignes données ?
Questions-réponses
Quelle action judiciaire le syndicat Alliance a-t-il engagée ?
Alliance a déposé une plainte contre l'État pour mise en danger de la vie d'autrui, une démarche indiquée comme en cours à l'AFP.
Que reproche le syndicat à la hiérarchie de l'État ?
Il dénonce des consignes floues, des injonctions contradictoires et une dissonance entre les déclarations publiques du ministre de l'Intérieur et les consignes verbales transmises par la hiérarchie, et exige que les auteurs des consignes litigieuses soient identifiés.
Quel bilan le premier ministre a-t-il présenté ?
Devant le Sénat, Sébastien Lecornu a indiqué que 937 policiers et gendarmes avaient été blessés depuis le début du mouvement lycéen, dont 40 sur la seule journée de mardi, sans précision sur la gravité ni les circonstances.
Quel épisode a révélé des tensions dans la chaîne de commandement ?
Lors d'une audition publique au Parlement, Laurent Nuñez a appris qu'un préfet d'Indre-et-Loire avait suspendu l'utilisation du lanceur de balles de défense sur son territoire ; le ministre a précisé qu'aucune instruction n'allait en ce sens et qu'un rappel à l'ordre a été réalisé.