Pétition : 1% obligatoire pour la culture partout
Le spectacle vivant public alerte sur les coupes budgétaires et réclame un refinancement
Pétition « Culture partout, 1% obligatoire » : le spectacle vivant public lance un appel au gouvernement
Théâtres, festivals, compagnies subventionnées : pour des millions de citoyennes et de citoyens, ces lieux font partie du quotidien. Ce sont des espaces de rencontre, de lien social et d’accès partagé à la culture. Or ce service public se fragilise. Depuis plusieurs années, les moyens consacrés à la création artistique diminuent et les incertitudes budgétaires fragilisent le spectacle vivant public.
Les professionnels du secteur, qui avaient jusqu’ici tout mis en œuvre pour limiter les conséquences sur le public, estiment aujourd’hui que l’ampleur des coupes les oblige à alerter la population et à solliciter son soutien aux démarches engagées par leurs organisations professionnelles auprès du gouvernement. C’est le sens de la pétition « Culture partout, 1% obligatoire », diffusée par Les Lignes Bougent.
Les effets des réductions budgétaires sont déjà concrets. On observe des annulations ou des réductions de programmations, une fragilisation financière des théâtres et des compagnies, des difficultés à payer les salaires et les charges, des productions menacées et une baisse du nombre de représentations. Les artistes, techniciennes et techniciens ne trouvent plus assez d’emplois : certains sortent de l’intermittence et se retrouvent au RSA. Les suppressions d’emplois permanents, le non-remplacement des départs à la retraite, la diminution des recrutements et la multiplication des situations d’épuisement professionnel complètent ce tableau.
Le constat porté par les signataires met en avant un équilibre collectif. Les festivals, présentés comme une des fiertés culturelles du pays, démontrent ce que la culture peut avoir comme impact sur la vitalité d’un territoire. Ils reposent sur un écosystème constitué de compagnies et de lieux de création qui accompagnent les artistes et participent toute l’année à la faisabilité des festivals. C’est cet équilibre qui est aujourd’hui menacé.
À l’heure où, selon l’appel, les démocraties sont confrontées à une véritable offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à la défiance, affaiblir ces institutions constituerait une erreur historique. Les signataires refusent par ailleurs que les équipes artistiques et les responsables de lieux soient contraints de décider seuls ce qui doit disparaître, quels emplois, quels projets ou quels artistes, sans avoir jamais été associés aux décisions qui conduisent à cette situation.
À l’occasion des festivals d’été, quatre demandes sont adressées au gouvernement. Les organisations demandent d’abord un moratoire immédiat sur les réductions budgétaires touchant le spectacle vivant, présenté comme la condition sine qua non de la réalisation d’un diagnostic sérieux préalable à toute réflexion et toute nouvelle décision. Elles réclament ensuite la création d’une cellule de crise interministérielle chargée de coordonner l’action de l’ensemble des ministères concernés par la transversalité de la politique culturelle : Culture, Éducation nationale, Économie, Cohésion des territoires, Intérieur, Tourisme et Travail. Elles proposent également la mise en place d’une conférence permanente réunissant l’État, les collectivités territoriales et les représentants du secteur, ainsi que l’ouverture d’un plan national de refinancement du service public de la culture.
L’appel s’appuie sur dix arguments destinés au grand public. Le modèle culturel français, profondément structuré après 1945 autour de l’ambition de faire de la culture un bien commun accessible à toutes et tous, repose sur la liberté de création, le soutien public aux artistes et l’accès du plus grand nombre aux œuvres. Le secteur rappelle que la culture ne représente que 0,7 % du budget de l’État et que les économies envisageables sont marginales au regard des conséquences durables pour les artistes, les structures culturelles, les territoires et les citoyennes et citoyens. La fréquentation, elle, est en hausse : les salles accueillent toujours plus de spectateurs et spectatrices, preuve d’un besoin réel de culture alors même que les moyens diminuent.
Les emplois du spectacle vivant sont décrits comme essentiels et non délocalisables. Ils reposent sur le régime de l’intermittence, une modalité d’emploi précaire et discontinue où la protection sociale demeure fragile. Les festivals ne naissent pas en été : ils sont le fruit du travail des artistes et des scènes publiques tout au long de l’année, et les fragiliser reviendrait à condamner les étés culturels de demain. Le spectacle vivant génère par ailleurs d’importantes retombées économiques pour l’hôtellerie, la restauration, les commerces de proximité et de nombreux acteurs locaux.
Sur le plan social, les lieux de spectacle permettent de se rencontrer et de se rassembler, hors des sollicitations algorithmiques, dans des expériences collectives où l’on fait société. L’appel juge qu’augmenter le prix des billets n’est pas une solution, car cela éloignerait les publics les plus modestes et accentuerait les inégalités : la culture ne doit pas devenir un privilège réservé à celles et ceux qui peuvent se l’offrir. La culture est enfin présentée comme un pilier de la démocratie, qui favorise le débat, la pluralité des points de vue et l’émancipation des citoyens, au même titre que l’école.
Face à celles et ceux qui cherchent à fragiliser le service public de la culture, l’appel invite à défendre un modèle garantissant la liberté de la création, la diversité des œuvres, l’accès de toutes et tous à la culture et la vitalité démocratique de la société, en signant la pétition. Le gouvernement répondra-t-il à ces quatre demandes avant la fin de l’été ?
Questions-réponses
Quelle est la demande principale de la pétition « Culture partout, 1% obligatoire » ?
Les signataires demandent un moratoire immédiat sur les réductions budgétaires touchant le spectacle vivant, présenté comme la condition sine qua non d'un diagnostic sérieux avant toute nouvelle décision.
Quelles sont les conséquences concrètes des réductions budgétaires sur le secteur ?
On observe des annulations ou réductions de programmations, une fragilisation financière des théâtres et des compagnies, des difficultés à payer salaires et charges, des productions menacées, une baisse du nombre de représentations et des suppressions d'emplois permanents.
Quelles sont les quatre demandes adressées au gouvernement ?
Un moratoire immédiat sur les réductions budgétaires, une cellule de crise interministérielle coordonnant les ministères concernés, une conférence permanente réunissant l'État, les collectivités territoriales et les représentants du secteur, et un plan national de refinancement du service public de la culture.
Pourquoi l'augmentation du prix des billets est-elle jugée inacceptable ?
Parce qu'elle éloignerait les publics les plus modestes et accentuerait les inégalités : la culture ne doit pas devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent se l'offrir.